Voyageuse penchée à la fenêtre d'un train traversant la campagne verdoyante

Slow tourisme et tourisme régénératif : comment le climat et la durabilité redessinent les critères de voyage des Européens

29 mai 2026 7 min de lecture
Le chiffre de 73 % vient d'une étude Accor et mesure une intention. Ce que les données 2026 disent vraiment du slow tourisme et des nouveaux critères des Européens.
Voyageuse penchée à la fenêtre d'un train traversant la campagne verdoyante
Konara Bandara / Unsplash

Le chiffre de 73 % circule beaucoup lorsqu’il est question de slow tourisme. Sa source la plus solide est une étude d’Accor publiée en décembre 2024 auprès de 8 000 voyageurs de sept pays européens : 73 % y déclarent que le changement climatique et les options durables sont importants pour eux. Ce n’est donc pas la preuve que 73 % des Européens ont changé leurs critères de voyage, mais un indicateur d’intention. Les données 2026 de Booking.com et de la European Travel Commission permettent de mesurer ce qui change vraiment, et ce qui ne change pas.

D’où vient le chiffre de 73 %

Le rapport European Travel 2025: Balancing Growth and Impact d’Accor interroge des voyageurs en Allemagne, en Espagne, en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Pologne et au Royaume-Uni. La part de ceux qui jugent le climat et les options durables importants passe de 71 % à 73 % d’une édition à l’autre, dont 25 % qui les jugent « très importants ». Les écarts nationaux sont marqués : 81 % en Italie et en Allemagne, 75 % en France, 63 % au Royaume-Uni.

La même étude livre des indicateurs plus proches des comportements : 90 % des répondants estiment que le surtourisme aura un effet sur où et comment ils voyageront en 2025, 31 % comptent éviter la haute saison, 27 % les destinations surfréquentées et 22 % choisir délibérément des lieux moins connus. On est loin d’une majorité qui aurait basculé, mais une minorité significative modifie déjà ses choix.

Ce que montrent les données 2026

Le Travel & Sustainability Report 2026 de Booking.com, fondé sur 32 500 voyageurs dans 35 pays et territoires et publié le 20 avril 2026, confirme ce double mouvement : une adhésion massive au principe (85 % des voyageurs jugent le voyage durable important ou très important, selon la synthèse d’Euronews) et des changements concrets plus minoritaires.

Climat et foule, nouveaux critères de choixDurabilité importante85 %Tient compte du climat74 %A rayé une destination52 %Évitera les foules43 %Partira hors saison42 %Cherchera la fraîcheur25 %Source : Booking.com, Travel & Sustainability Report 2026 (32 500 voyageurs, 35 pays)
Part des voyageurs concernés par chaque critère ou intention en 2026 (destination rayée de la liste d'envies à cause de la météo extrême, recherche de destinations plus fraîches...).

Deux enseignements ressortent. D’abord, le climat agit désormais comme un critère de choix très concret : 74 % des voyageurs prennent en compte le risque d’événements extrêmes pour choisir leur destination et leurs dates, et 52 % ont déjà retiré une destination de leur liste d’envies à cause d’informations sur la météo extrême. Ensuite, l’évitement des foules progresse vite : 43 % prévoient d’éviter les destinations surfréquentées, une part en nette hausse par rapport à l’édition précédente.

Les Européens confirment cette tendance. Dans sa vague d’enquête publiée le 2 juillet 2026, couvrant dix grands marchés émetteurs dont la France, la European Travel Commission (ETC) indique que 76 % des Européens déclarent que des facteurs climatiques influencent leur comportement de voyage, et que 52 % préfèrent des destinations moins connues, contre 48 % attirés par les grands sites touristiques.

Slow tourisme : l’intention progresse, la durée des séjours recule

Le slow tourisme repose sur trois piliers : voyager moins souvent mais plus longtemps, privilégier des modes de transport moins émetteurs et s’ancrer dans la vie locale. Sur le premier pilier, les données vont plutôt dans le sens inverse.

Selon l’ETC (vague publiée le 23 avril 2026), le séjour le plus courant prévu par les Européens pour le printemps et l’été 2026 dure de 4 à 6 nuits (38 %, en progression), tandis que les séjours de 7 à 12 nuits reculent à 37 % (en baisse de 5 % selon l’ETC). L’ETC relie cette évolution à des budgets plus serrés : la part des voyageurs prévoyant de dépenser 1 500 euros ou plus par voyage recule de 9 %.

Sur le transport, l’avion reste dominant : dans la vague de juillet 2026, 53 % des Européens déclarent préférer l’avion malgré la hausse du prix du carburant. L’enjeu est pourtant central. En France, selon l’ADEME, le tourisme a émis 97 millions de tonnes équivalent CO2 en 2022, soit 11 % des émissions nationales, dont 69 % liées au transport. Au sein de ces émissions de mobilité, la voiture pèse 53 % et l’avion 44 %.

Pilier du slow tourisme

Ce que disent les données

Tendance

Voyager hors saison et hors des foules

42 % prévoient de partir hors saison, 43 % d’éviter les sites surfréquentés (Booking.com, 2026)

En progression

Séjours plus longs

Séjours de 7 à 12 nuits en recul, à 37 % (ETC, avril 2026)

En recul

Transport moins émetteur

53 % des Européens préfèrent l’avion (ETC, juillet 2026)

Pas de bascule

Ancrage local

Commerce indépendant local : 59 % chez les baby-boomers, 42 % chez la génération Z, parmi ceux qui veulent voyager plus durablement (Booking.com, 2026)

Solide, surtout chez les seniors

Le paradoxe générationnel

Booking.com met en évidence un paradoxe : les jeunes affichent les intentions les plus fortes (75 % de la génération Z et 71 % des milléniaux veulent voyager plus durablement dans les douze mois), mais ce sont les plus âgés qui pratiquent le plus les gestes concrets. Parmi ceux qui ont l’intention de voyager plus durablement, 63 % des baby-boomers comptent partir hors saison, contre 36 % de la génération Z. Les plus jeunes se distinguent en revanche par les expériences : 31 % de la génération Z a suivi une visite consacrée aux cultures autochtones au cours de l’année, contre 18 % des baby-boomers.

Ce décalage rappelle un constat ancien. Dès 2021, l’Eurobaromètre de la Commission européenne (25 714 personnes dans les 27 États membres) indiquait que 82 % des citoyens de l’Union étaient prêts à changer certaines habitudes pour un tourisme plus durable. La disposition existe depuis longtemps ; ce sont les conditions du passage à l’acte qui manquent. Booking.com cite d’ailleurs les réductions et incitations économiques (47 %) comme premier levier pour faire évoluer les choix.

Notre lecture : ce que cela change pour les professionnels

Notre lecture, chez Nenuphar Media : le slow tourisme n’est pas encore une révolution des comportements, mais le climat et la foule sont devenus des critères de choix à part entière. C’est sur eux que les professionnels peuvent agir.

  1. Vendre la saison intermédiaire comme un produit. Partir hors saison est le geste durable le plus répandu. Encore faut-il que l’offre suive : activités ouvertes, tarifs lisibles, arguments concrets sur la météo et l’affluence.

  2. Rassurer sur le climat. Avec trois quarts des voyageurs attentifs aux risques climatiques, l’information sur les températures, les périodes de forte chaleur ou les alternatives plus fraîches devient un service, en particulier pour les familles avec de jeunes enfants.

  3. Rendre les destinations secondaires désirables. Une majorité d’Européens se dit attirée par des lieux moins connus. Le travail éditorial des médias et des offices de tourisme est décisif pour les faire exister.

  4. Ne pas surpromettre. Les chiffres d’intention flatteurs ne remplacent pas les données de réservation. Citer un pourcentage sans dire ce qu’il mesure, c’est prendre le risque de perdre la confiance du lecteur.

Les chiffres à retenir

73 % des voyageurs européens jugent le climat et les options durables importants (Accor, décembre 2024, 8 000 voyageurs, 7 pays). 43 % prévoient d’éviter les destinations surfréquentées en 2026 et 42 % de partir hors saison (Booking.com, avril 2026). 76 % des Européens disent que le climat influence leurs voyages (ETC, juillet 2026). Les séjours de 7 à 12 nuits reculent à 37 % des intentions (ETC, avril 2026). Le tourisme pèse 11 % des émissions françaises, dont 69 % liées au transport (ADEME, données 2022).

Sources

Cet article a été conçu à l'aide d'outils d'IA générative, à partir de sources publiques.